Les mots pour le dire

13jan11

Mini-débat aujourd’hui sur le GROS, le groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids. En fait le débat portait moins sur le groupe que sur son acronyme peu délicat. C’est sûrement un groupe aux intentions très louables. Je ne le connaissais pas avant ce matin, ce sont des Français.

Un peu de mise en contexte avant de tomber dans le vif du sujet.

Je dois dire d’emblée que je déteste tous les noms de groupe scientifiques/académiques qui font dans le jeu de mots.

Je suis maigre-sec. Je suis dans le bas de la fourchette du poids-santé et je l’ai toujours été. Je ne ferai pas semblant de savoir ce que c’est que d’avoir un surplus de poids.

J’ai dans la vie, et en consultation, une approche plutôt directe et « appelons un chat un chat ».

Par contre, le chat, on peut aussi l’appeler matou, minou, minet, animal ou bestiole. En bout de ligne, on s’en fout, le monde sait de quoi on parle non? Pour le chat, probablement que tout le monde s’en fout et lui-même ne nous comprend pas, alors on ne le fera pas pleurer sur le choix d’un synonyme.

J’ai fait le choix de travailler avec des humains. En science, c’est souvent embêtant les humains parce que ça a des émotions. Ils peuvent réagir de façon irrationnelle aux mots qu’on emploie. Comme nutritionniste, mes clients ont souvent un surplus de poids. Il s’agit d’une question qu’il faut aborder avec eux. J’ai lu il y a quelques temps un article sur le sujet.

Thomas Wadden et Elizabeth Didie ont recruté 200 personnes dont l’indice de masse corporelle était entre 30 et 40 kg/m2. Cliniquement, ils souffrent d’obésité. Ces personnes devaient répondre à la question suivante :

Imagine that you are visiting your doctor for a check-up. The nurse has measured your weight and found that you are at least 50 lb over your recommended weight. The doctor will be in shortly to speak with you.

Doctors can use different terms to describe weight. Please indicate how desirable or undesirable you would find each of the following terms if your doctor used it.

Les participants devaient ensuite indiquer à quel point chacun des termes leur plaisait ou déplaisait. Les résultats pour les femmes suivent (c’est pratiquement la même chose chez les hommes) :

Bien sûr, c’est un peu difficile de traduire exactement chacun des termes. Par contre je n’ai pas eu besoin de l’aide d’un linguiste pour comprendre que le terme « poids » est celui qui est préféré, probablement parce qu’il n’est pas empreint de jugement. C’est en général celui que j’emploie avec mes clients.

Je n’ai pas la prétention de vouloir faire une version francophone du papier, mais j’aimerais connaîutre l’opinion de mes lecteurs. Pour parler d’obésité dans un contexte de consultation, quels termes jugez-vous appropriés? Lesquels vous déplaisent carrément?

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9 réponses à “Les mots pour le dire”

  1. 1 Lynne

    Je suis grosse. Jusqu’à l’année dernière, je disais que je "faisais de l’embonpoint" parce que ça me semblait moins émotif comme appellation, justement. Et puis, tranquillement, le PC de la chose a commencé à m’emmerder. À chaque fois que je dis "grosse", j’ai encore besoin de prendre une respiration avant, je me sens plus fragile devant les autres en le disant. Et je constate qu’ils semblent étonnés, voire mal à l’aise, de leur côté aussi. Mais c’est mon choix d’utiliser ce mot, pas sûre que j’apprécierais si on me le balançait dans la figure… Y en aura pas d’facile.

  2. Je suis assez d’accord avec l’idée qu’il faille appeler les choses par leur nom, mais un nom qui décrit. Poids décrit une situation. (votre poids est de X kg au dessus de la moyenne). Alors que Gros ou problème de poids relèvent davantage du jugement, de l’interprétation.

  3. Obèse morbide… Ça, c’est un terme que je déteste!

    Sinon, je suis assez d’accord avec l’idée de décrire la situation, plutôt que de porter un jugement. Mon endocrinologue utilise le terme « surplus de poids » et « au dessus du poids santé » et ça me convient.

    Il n’y a que moi qui ai le droit d’appeler mon chat un chat : je suis grosse… mais je travaille là-dessus.

  4. Bonjour,

    Je me sens un peu interpellé ce soir puisque je suis probablement à l’origine de ce débat, sur twitter, sur le GROS (Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids).

    Dans un article publié dans le quotidien Le Monde (le lien : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/13/les-regimes-contre-l-obesite-sont-inefficaces_1465122_3232.html) traitant de l’inefficacité des régimes contre l’obésité, le GROS intervient en nous faisant part de leur réflexion sur le sujet. C’est un article brillant, coloré et qui dépeint très bien la réalité qu’éprouvent certaines personnes vivant avec un surpoids.

    Je cite un passage de cet article : "Le Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids (Gros) s’est toujours défié de médicaments qui, au mieux, n’ont que des effets temporaires et, au pire, se révèlent dangereux. L’association stipule dans sa charte, établie en 1998, que les régimes amaigrissants, quels qu’ils soient, sont des pratiques inefficaces et nocives, et que les conseils nutritionnels ne sont pas une réponse pertinente face à la montée de l’obésité."

    Les conseils nutritionnels ont certainement leur place dans la lutte actuelle pour contrer la pandémie d’obésité. Les nutritionnistes sont formés pour cela! Je suis conscient qu’il existe également une partie émotionnelle et psychologique en lien avec le surpoids. Dans la liste des solutions proposées, en voici certaines qui pourraient être pertinentes : la thérapie biopsychosensorielle, les thérapies cognitivo-comportementales et leur volet de thérapie émotionnelle, les approches psychodynamique et corporelle.

    J’aime ton billet Jonathan, et je suis d’avis qu’il importe de trouver les mots pour le dire, car lorsqu’on parle de poids, on vient toucher une partie sensible chez la majorité des gens. Et c’est probablement pourquoi les résolutions du nouvel an concernent souvent le poids et l’alimentation.

  5. 5 Claudya

    Selon mon IMC je suis considéré dans la catégorie : Obèse Morbide
    Savez vous quoi, entre le terme de santé canada : Obèse morbide et le terme GROS (Grosse), mon choix est assez claire. Je le dis moi même je suis grosse et ainsi va la vie.
    On a beau dire, enrobé, grassette, en chair, BBW, Chubby, taille FORTE…

    En réalité on parles d’une grosse. Je crois que chaque personne a également le droit de trouvé le qualificatif qu’elle préfère. Moi, je ne pourrai pas enduré qu’on dise que je suis TOUTOUNE mais grosse ça va …. !

    J’accepte mais tout est une façon de le dire
    EILLE LA GROSSE n’est p-e pas ….agréable , mais de parler des gens gros en disant GROS (et en plus ici c’est un acronyme plutôt rigolo) je crois que c’est simplement être juste…

    Un peu de GROS bon sens et une parcelle de tact ?!

  6. Les personnes grosses sont souvent des personnes sensibles, je suis grosse et je suis extrêmement sensible. Heureusement aucun professionnel n’a utilisé le terme ‘grosse’, je ne sais pas ce que j’aurais fait, mais je sais que j’aurais été très blessée. Si je suis grosse pas besoin de me peser sur la tête, on peu prendre des mots plus doux, je suis déjà assez dure avec moi-même. Mais bon ça c’est personnel je crois bien …

    Je vous ai aidé dans votre choix de mots ?

  7. 7 Julie

    Étant moi-même nutritionniste, j’avoue que je n’ai jamais utilisé le terme "gros" (ni enrobé, dodu ou enveloppé, qui sont effectivement des termes subjectifs) à l’égard de mes clients. Je dois par contre admettre employer le terme obésité à l’occasion, car cela désigne une condition médicale mesurable (donc, objective) et non pas un jugement de valeur. Je pense qu’il faut quand même que nos patients soient informés de leur vraie condition de santé et des risques qui y sont associés. S’ils continuent de penser qu’ils n’ont qu’un léger enrobage, alors qu’ils souffrent en réalité d’obésité, ils ne sont peut-être pas tout à fait conscients des risques pour leur santé.
    Cela dit, j’avoue que j’utilise plus souvent "surplus de poids" qui demeure un terme à la fois juste, mais dénué de jugement de valeur !

  8. J’ai lu le livre du docteur Dunkin. Sa théorie est farfelue mais il n’a pas peur d’appeler un gros, un gros, lui, et j’ai adoré cette facilité à appeler un chat un chat. Il les comprend les gros et s’en vante. Et bon, son truc marche probablement aussi. Pas scientifique mais directif et rapidement efficace. Un gros, c’est un gros et une grosse c’est une grosse. Toute édulcoration de la réalité n’aide pas à se sortir de son état de gros ou de grosse, en autant qu’on veuille s’en sortir évidemment.

  9. Dukan pas Dunkin. Je devais penser au Dunkin Donuts, moi là|


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