Le journalisme scientifique en piteux état

11oct10

Je lis beaucoup de nouvelles sur la nutrition. J’ai deux blogues à nourrir et je réponds aux questions des membres où je travaille, pas le choix de me tenir au courant de ce que le public lit et sait sur la nutrition.

Malheureusement, ça veut dire que je dois lire un tas de très mauvais articles. Au Québec, le journalisme scientifique (en dehors des journaux scientifiques lus par une minorité) on dirait que tout le monde s’en fout, alors on laisse des horreurs être publiées.

Deux exemples vus dans les dernières semaines :

Dans un quotidien que je lis en ligne, presque chaque jour, un mini article du genre :

Selon des chercheurs de [Insérez le nom d’une université américaine] la consommation de [Insérez le nom d’un nutriment/aliment] augmenterait/diminuerait les risques de [Insérez le nom d’un problème de santé fréquent].

[Résumé de 2 lignes du design experimental et des conclusions]

SOURCES: Medline, Eurekalert, The New York Times, BBC

Dans un magazinehebdomadaire à potins, pour matantes, culturel, une professionnelle de la santé résume

[Insérez le nom d’un fruit/légume/affaire granole] contient [Insérez tous les nutriments imaginables] ce qui réduirait les risques de [Insérez toutes les maladies imaginables].

Dans le cas du quotidien, bonne chance pour retrouver l’article d’où sont tirées ces conclusions floues. Dans les deux cas, pas de mise en contexte, aucun détail sur les quantités ou le contexte de consommation nécessaires pour obtenir l’effet mentionné. Je veux bien croire que l’espace donné à la couverture scientifique est mince, mais tant qu’à publier de l’information inutilisable, à quoi bon la publier?

Pourquoi je me fâche contre ces articles mal faits? Parce que je passe mes journées à écouter et conseiller des patients. Des patients qui souvent ont un bagage scientifique limité, mais qui s’intéressent à leur santé. Ils vont donc chercher de l’information dans les sections scientifiques de publications grand public. « Ces temps-ci, je mange beaucoup de ceci-celà, j’ai lu que c’était bon pour mon diabète ». J’ai donc la dure tâche d’expliquer que probablement que ça ne changera rien à la maladie et qu’au contraire, une consommation exagérée de l’élément en question risque au contraire de nuire à l’état de santé général. Ou alors de leur expliquer que d’ajouter un élément nutritif sain à un mode de vie peu recommandable risque d’avoir peu d’impact.

«Mais ils le disent dans le journal que c’est bon, ça doit être vrai ».

Ensuite, on se demande pourquoi la nutrition a un problème de crédibilité dans certains milieux.

 

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9 réponses à “Le journalisme scientifique en piteux état”

  1. Ce remplissage s’appelle du « contenu ». Ce détournement de mot me fait toujours un peu mal.

    Le type d’article santé que tu dénonces, c’est de la valeur ajoutée, pour les médias. Ils savent qu’on ne peut pas juste ploguer des produits, il faut que ça ressemble à un conseil. C’est assez triste, car c’est souvent du publireportage déguisé.

    Ce qui est dangereux à mon avis, c’est le type de proclamation comme on a vu il y a quelques années : « prenez de la vitamine E autant que vous voulez, c’est bon pour vous ». Quelques années après, on met des limites et des bémols. Pourtant, l’origine de cette nouvelle provient d’une recherche. Il faut encore savoir que certaines recherches sont financées, commandées et dirigées avec des objectifs plus mercantiles que scientifiques. Pas toutes, non. Mais c’est difficile de séparer le bon grain de l’ivraie, autant en nutrition qu’en environnement qu’en plomberie.

    Là où le bât blesse, en nutrition, c’est le peu de voix et de poids dans les médias. On préfère se diriger vers un médecin ou un spécialiste (gastroentérologue, oncologue, etc.). Sinon, c’est la « nutritionniste » d’un lobby, comme celui du Lait (avec une majuscule). Mais à l’exception de trois ou quatre blogues, dont un plutôt sympa, les nutritionnistes sont absents de la table. Table trop petite, ou manque de chaises ?

  2. Mais à quoi bon mettre des références? La majorité des professionnels de la santé ne vont même pas les consulter afin de de faire une idée plus approfondie de la question alors j’ose à peine imaginé ce que l’ensemble de la population fait!
    Le problème, c’est que tout les pseudo experts ont la voie/voix libre et aucune conséquence n’est imposée suite à des commentaires falacieux. Il y a bien peu de voix qui s’élèvent officiellement pour décrier la plupart des absurdités qui sont véhiculées. Personnellement, je crois que la population devrait être plus critique et moins "cliente" et que les professionnels de la santé, moi y compris, devrait prendre position plus souvent et surtout, poursuivre un travail d’éducation plus efficace.

  3. Moi ce qui me fâche ces temps-ci, c’est une émission que je n’avais jamais écoutée jusqu’à tout récemment dont la référence scientifique est un monsieur qu’on appelle Dr, mais qui n’est pas médecin et qui donne des conseils santé reliés à l’alimentation du genre "[telle molécule] présente dans tel [aliment] sont bonnes pour votre santé, cela a été prouvé dans des études." Effectivement, on ne dit pas en quelle quantité… on ne précise pas la nature de l’étude non plus (in vitro ou in vivo?). Ces allégations sont suivies d’explications tellement pleines de mots savants que même moi qui a un certain bagage en biochimie n’a pas envie d’écouter. Alors, l’auditeur moyen ne retient que l’allégation et se dit que ça doit être fichtrement bien appuyé puisqu’il n’a rien compris des explications qui ont suivi… Je ne sais pas si tu as pu deviner de quelle émission je parle, mais je pense qu’il ne faut pas prendre les gens pour des cons et pour ça la vulgarisation scientifique est également en piteux état.

  4. Ça veut juste dire que le journaliste en question n’a lui aussi pas compris le fond de l’article.

    Parce que lui aussi fait parti de la population.

    On a un travail à faire, et comme Max le dit, faut dire haut et fort nos opinions et surtout expliquer les vraies affaires.

    Je te comprends mec. Dans l’activité physique, on en démystifie de la bullshit.

  5. Amen.

    Les chiffres sont sexy. Les buzzwords sont sexy. Mais bien des journalistes (en particulier sur le web) se font remplisseux de contenus à leur heure, pour toutes sortes de raisons (exigences de production insensées, manque de rigueur, copier-coller hâtifs ou provenant de communiqués médiocres…)

    Je suis bien contente de n’être pas la seule à observer ces lacunes grossières qui sévissent même dans les médias plus «crédibles». Quand un journaliste d’une chaîne nationale affirme «Les [groupe flou] sont 50% plus [obèses, heureux, cardiaques, name it], (point).», il m’arrive de répondre à mon écran :«50% par rapport à quoi, à qui, à quand, bordel ?!?. Et pourtant, je n’ai pas de formation scientifique!

  6. Je suis tout à fait d’accord avec le fait que la population doit arriver à se démêler dans ce tourbillon d’informations. Je crois qu’on a pas fini de se battre contre les médias et leurs sources médiocres. Pardon mais ce n’est pas parce que quelqu’un est docteur qu’il est spécialiste de l’alimentation. Avec 1 ou 2 cours en nutrition dans le bacc de médecine je vois mal comment ceux-ci seraient mieux formés que les nutritionnistes.

    On se bat même contre les scientifiques qui nous sortent des études inutiles et aux conclusions douteuses. Je pense entre autres à l’étude qui nous annonce que les fruits et légumes n’ont aucun effet sur la prévention du cancer. Mais quels fruits et légumes plus précisement? Quels cancers? Que consommaient les patients pendant l’étude? Étaient-ils suivis par des nutritionnsites?

    C’est certain que de manger 2 carottes par jour quand tu consommes du fast-food à tour de bras ne réduira pas ton risque de cancer! En tant que biochimiste et nutritionniste je trouve vraiment cela pitoyable de voir de telles études apparaîtres dans les médias!
    Et après ça on se demande pourquoi tout le monde est mêlé!

    • 7 lenutritionniste

      Ce qui est le plus dommage, c’est quand je lis dans des magazines populaires des consoeurs montrer que la consommation de tel légume diminue les risques de cancer. TOUT LE MONDE a peur du cancer.

      Sans mise en contexte, sans explication, qu’est-ce que le lecteur de ce magazine risque de faire? Modifier son alimentation du tout au tout et inclure l’aliment-vedette du jour? Peut-être. "Patcher" son alimentation tout croche avec 1-2 portion de l’aliment du jour pendant 3 jours et se dire qu’il mange bien? Peut-être, aussi, n’est-ce pas? Est-ce que ce genre d’article aide la population? Je ne crois pas. Est-ce qu’il aide la profession? Assurément pas.

      • En fait, ce qui est le plus dommage dans ce que tu décris, c’est un phénomène que je constate depuis quelques années, soit une tendance des médias populaires à traiter chaque aliment comme un médicament à prescrire contre telle ou telle maladie. On isole une propriété (alléguée) sans égard à l’alimentation globale, ni même à la quantité, à la qualité ou au contexte.

        D’un côté on a le foodisme qui transforme l’alimentation en un rituel sophistiqué et hédoniste, de l’autre cette tendance de communiquer l’alimentation comme une posologie. Quand est-ce qu’on mange?

  7. Je me ferai l’avocat du diable et verrai le côté positif de la chose:

    Il y a de l’espoir! Si les médias parlent d’alimentation et de nutrition, c’est qu’il y a un certain intérêt du public à s’informer sur ce qui est déposé dans leur assiette…

    Je sais bien que dans un monde idéal, les faits seraient mieux rapportés, les études citées seraient toutes pertinentes et tout le monde s’interrogerait sur la source d’une information avant d’en assimiler la teneur, mais soyons bons joueurs… Si les médias ne parlaient pas autant d’alimentation (même maladroitement) peut-être que les clients/patients (on dit client ou patient pour un nutritionniste?) n’auraient pas l’idée de s’interroger sur leur santé et de venir vous consulter pour approfondir leur connaissance. (Dans un passé pas si lointain, ma mère s’abstenait de manger du pain pour ne pas engraisser…)

    Il faut continuer de pointer les sources d’informations erronées ou incomplètes, mais il faut tout de même se réjouir de l’importance que prend l’alimentation dans "l’espace public". Non?


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