Devenir nutritionniste
Mon billet d’il y a deux jours, ou peut-être le fait d’afficher mon tarif horaire, a fait qu’on m’a posé la question « c’tu dur devenir nutritionniste? ». (Si vous faites le calcul « taux horaire x 40 heures » pour estimer mon revenu hebdomadaire, vous surestimez légèrement.)
J’ai envie de répondre que devenir nutritionniste, c’est pas difficile, mais un peu chiant. Je m’explique. Pour être nutritionniste au Québec, il faut être membre de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec. Pour pouvoir être membre, il faut avoir un diplôme en nutrition d’une des universités accréditées : Montréal, McGill ou Laval. Le programme de l’Université d’Ottawa est en voie d’être accrédité, du moins, je l’espère pour les filles qui ont choisi cette institution.
Pour entrer dans le programme de nutrition de l’Université de Montréal (celle que j’ai fréquentée – pour les autres, je présume que c’est semblable), il faut avoir son diplôme en sciences nature, avec les deux cours de biologie et les trois cours de chimie. La cote R nécessaire est autour de 31 en ce moment. Lorsque j’ai fait mon entrée en nutrition, elle était théoriquement de 20, mais je doute pas mal qu’on puisse obtenir son diplôme avec une cote si basse.
Le bacc. en nutrition est facile mais exigeant. Il s’agit d’un bacc. de 3 ans et demi et de 118 crédits. Il y a des stages à chaque année et la dernière demi-année n’est qu’un long stage. Aucun des cours n’est vraiment difficile, mais la somme de travail nécessaire est souvent élevée. À l’Université de Montréal, il n’y a qu’une seule classe. Il est impossible d’étudier à temps partiel. Il y a des cours du lundi au vendredi, en général de 8 h 30 à 16 h.
À force d’écrire et de consulter le programme actuel de l’Université de Montréal, je me rends compte que je suis une vieille croûte. Plusieurs titres de cours ne correspondent pas. Ce qui suit est donc à quoi ressemblait le bacc. en 2001-2004.
La première année est rough. Les cours de physiologie et d’anatomie sont faits avec les autres paramédicaux (pharmacie, optométrie, sciences infirmières, réadaptation…). À cela s’ajoutent des cours de biochimie et de sciences des aliments. Ce dernier cours est un genre d’économie familiale, version universitaire. De la théorie, et beaucoup de pratique. Des travaux pratique du genre « faisons des muffins pas de gras, et voyons si c’est bon (réponse : non) »; « faisons chauffer du sucre et voyons ce qui arrive (réponse : ça fond, et ensuite ça durcit) ». On passe donc de cours de bourrage de crâne intense à des cours où on se demande si c’est une blague, si c’est l’initiation qui continue encore 3 mois après la rentrée.
À la fin de la première année, on s’en va en stage. C’est pour plusieurs le premier contact avec le milieu hospitalier. Milieu hospitalier, faut le dire vite, on passe le plus clair de notre temps aux cuisines. Ça peut être très plate, mais si on devient ami avec les cuisiniers et surtout les pâtissiers, il y a certains bénéfices à passer sa journée dans un sous-sol sans fenêtres. Évidemment, mes consœurs avaient un net avantage sur moi pour l’activité « devenir ami avec les cuisiniers ». C’est aussi lors de ce stage qu’on monte aux étages pour la première fois, qu’on consulte des vrais dossiers et qu’on voit un premier patient. Eh qu’on se croit big. Sauf que le patient n’a pas de problématique nutritionnelle et on lui enseigne le Guide alimentaire canadien. Fin juin arrive et on tombe enfin en vacances.
2e année, on est légèrement moins cons. On voit un peu plus à quoi serviront les cours qu’on suit. Les cours deviennent plus pertinents également. On apprend le rôle de chaque nutriment, et on commence l’interminable série de cours de nutrition clinique où on apprend le lien entre les nutriments et chaque pathologie. On devient en même temps des pros de la gestion. (Fait peu connu sur les nutritionnistes : près de 50 % de leur formation est en gestion. Comptabilité, ressources humaines, principes de gestion d’une organisation, on a tout étudié ça.) La deuxième année est aussi l’année de l’infâme Kiwi-Club. En équipe de 4, on est responsable pour un midi, d’une cafétéria au pavillon de nutrition. 120 personnes à nourrir, une équipe de 10 personnes sous notre responsabilité, on est responsable de tout : élaborer le menu, fixer les prix, publiciser l’événement, organiser le partage des tâches, motiver son équipe. À mesure que l’année avance, ça devient LE sujet de conversation. On passe plus de temps avec nos coéquipiers qu’avec notre chum/blonde. Certaines amitiés ne tiennent pas le coup (certains couples également). Si on est responsable d’un lunch, on est aussi « employé » pour quatre autres.
Le stage se fait pendant la session en 2e année, dès le retour des Fêtes. 5 semaines de stage, suivies de 10 semaines de cours intensifs. En stage, on est un peu plus impliqué dans de vrais mandats, toujours en milieu hospitalier. On devient l’assistant d’un gestionnaire du service alimentaire, chef de production, de distribution ou de restauration. En nutrition clinique, on voit plus de patients, des cas de plus en plus compliqués, avec une supervision de moins en moins serrée.
Troisième année : on peut la résumer par « voici tout ce qu’on a pas eu le temps de vous montrer jusqu’ici ». Un sprint d’un an, avec une session comprimée comme en 2e année et deux gros projets : un en chimie alimentaire et un autre en recherche. Plein d’heures à passer à lire des articles scientifiques et à essayer de ne pas détruire le vétuste matériel de chimie. Pour les autres cours, c’est un flou total, mis à part que j’ai l’impression d’avoir donné une présentation à chaque deux cours. En stage, on sait déjà pas mal si on est fait pour la gestion ou pour la clinique. Comme j’étais un gars de clinique, la motivation était au niveau zéro en gestion alors que je me prenais pour un vrai nutritionniste en clinique.
4e année : le stage de septembre à fin décembre. Encore un peu de clinique, et ensuite, surprise! On sort enfin de l’hôpital et on peut un peu choisir dans quel genre de milieu on veut faire son stage de ce qui est appelé la nutrition communautaire. C’est une catégorie fourre-tout dans laquelle on peut aller faire de la prévention en entreprise, travailler en CLSC ou d’autres OSBL, faire de la communication avec la Fondation des maladies du cœur, des magazines ou même Isabelle Huot. Pour ma part, j’ai choisi le marketing nutritionnel, chez Enzyme où j’ai fini par travailler quelques années plus tard.
Et voilà, 3 ans et demi après votre arrivée à l’université, vous êtes nutritionniste!
Je sais pas si ça sonne comme si c’était pénible, mais ça ne l’est pas vraiment. Comme je le disais, le groupe est petit, seulement une soixantaine d’étudiants, et on passe toutes nos semaines tous ensemble. 5 ans plus tard, je vois encore régulièrement certaines de mes amies du bacc. L’horaire est chargé, mais on apprend un principe essentiel pour le reste de notre carrière : plus on est occupé, plus on trouve de temps pour faire des trucs. Malgré les sessions à 6 ou 7 cours, j’ai toujours trouvé le temps pour m’impliquer dans tous les comités imaginables, continuer à m’entraîner et/ou jouer au hockey et aller à tous les partys possibles. C’est également l’époque où je me suis mis à consommer des boissons énergisantes, peut-être que ceci explique cela.
Classé dans:J'ai une vie excitante, La question du public | 11 Commentaires


“L’horaire est chargé, mais on apprend un principe essentiel pour le reste de notre carrière : plus on est occupé, plus on trouve de temps pour faire des trucs”
Tellement vrai, dans mon bac en actuariat, les sessions ou j’étais plein, je méga occupé, je trouvais le moyen de pas perdre mon temps et je pétais des scores. Celles où j’avais seulement 2-3 cours, je botchais, passais mon temps à niaiser sur internet vu que rien ne pressait anyway.
Les titres de cours sont nouveaux de cette année, de ce septembre 2010, mais le contenu est supposé être sensiblement le même.
J’ai fini ma 2e année en mai dernier et je confirme que ça ressemble encore pas mal à la description que t’en fais (oui je t’ai eu en conférencier d’Enzyme dans je-sais-pu-quel-cours). Je ne suis pas impliquée dans rien, je ne joue pas au hockey, mais j’ai deux enfants et j’arrive à le faire aussi. Un peu essoufflée et avec un appart en bordel aux fins de sessions, mais toujours en vie. J’avoue avoir un peu peur pour la 3e, mais j’imagine que j’y survivrai aussi.
T’aurais pas pu mieux résumer le bac! Si je me fie à mes stagiaires de McGill, leurs stages sont plus exigeants (beaucoup de travaux à faire en plus du stage) mais sinon ça ressemble à l’UdeM.
Question niaiseuse, moi je suis militaire depuis 3 ans depuis que j’ai 17 ans et je veut retourne a l’ecole au Quebec, je me demande si j’ai besoin du cegep avant l’universite ou si on a juste besoin d’avoir 21 ans et les cours qu’ils demandent? Si le cegep est un pre-requis je pense bien que rester en nouvelle-ecosse serais de mise car eux on seulement besoin de leur 12eme anne et ensuite c’est l’universite. Merci bien!
C’est loin d’être une question niaiseuse. Elle est même plutôt complexe. Je t’invite à contacter le service de l’admission et le département de nutrition de l’université qui t’intéresse pour t’éclairer. Je me souviens d’une étudiante qui était du Nouveau-Brunswick, mais je ne me souviens pas si elle avait dû passer par le cegep.
Désolé de ne pouvoir te renseigner davantage.
J’ai terminé mon bacc. en nutrition en 2007 et je me considère déjà comme une vieille croûte. J’ai ADORÉ te lire, que de bons souvenirs!!!!
WOW WOW WOW
Quel résumé du bac. Je suis en 3e année à McGill et la description est presque identique. À l’exception que nous avons la joie de faire nos stage pendant l’été avec une tonnnne de travaux … mais ca reste qu’effectivement etre ami avec le cuisinier = meilleur moyen d’avoir une bonne note hihi! j’adore te lire.
Salut,en ce moment je suis au cégep et j’aimerais rentrer en nutrition.Toutefois ma cote R n’est malheureusement pas suffisante.J’aimerais savoir si c’est encore possible de pouvoir rentrer dans ce programme apres un an d’universite?Aussi,je suis consciente qu’au université,il existe la cote z universitaire,mais est-ce qu’elle est identique a la cote R collegiale?
Merci en avance
C’est possible d’entrer en nutrition après avoir fait une ou des sessions à l’université. Chaque session d’université vient remplacer une certaine proportion de la cote R. Pour ce que j’en sais, la méthode de calcul reste pas mal la même, c’est l’écart à la moyenne qui importe. Alors tout reste possible!
Pour te répondre aussi, informe toi auprès de chaque université. Il y a trois ans la cote R pour entrer en diététique à McGill était beaucoup plus basse qu’à Montréal ou à Laval. Cote R plus basse ne veut malheureusement pas dire bac plus facile…. Au contraire ils acceptent tout le monde et doivent les éliminer après. Mais si tu es comme moi, au cégep les cours de physiques et mathématiques faisaient descendre ma côte. Une fois en diététique je réussis maintenant tous mes cours avec de bonnes notes!! Lâche pas!
Cet article est tellement authentique, MERCI de nous avoir informé du parcours qui vous a mené au métier de nutritionniste. Très informatif.