Pourquoi les pubs faites aux nutritionnistes sont poches
Chaque fois que je reçois un envoi d’un groupe alimentaire ou un autre, je me fâche. Deux explications sont plausibles : a) je suis un vieux grincheux b) les groupes alimentaires ne savent pas rejoindre les nutritionnistes.
Pour des raisons évidentes, je présume que la vérité est plus proche de l’explication b). Pourquoi les groupes alimentaires l’ont pas l’affaire quand vient le temps de rejoindre les nutritionnistes?
On est un groupe hétéroclite
On travaille dans au minimum trois grandes sphères de la nutrition : la clinique, la gestion et la santé publique. Ces sphères sont ensuite découpées en spécialités et en sous-spécialités. La majorité du temps, quand je croise mes consoeurs dans un 5 à 7 ou un congrès, je me rends compte que je ne pourrais que très difficilement faire la job qu’elles font. Pourtant, on a la même formation à la base.
On n’est pas nombreux
On est 2 300 au Québec. Au pif, je pense qu’on est 2 000 francos et 300 anglos, alors il faut du contenu dans les deux langues, au risque de s’aliéner l’un des deux groupes. Le coût par contact est donc toujours élevé parce que le dénominateur de l’équation est tout petit. Les coûts fixes – la recherche, la rédaction – reviennent donc chers par tête.
On est chialeux
On en connaît plus que tout le monde sur la nutrition et l’alimentation. Normal, c’est notre job. En plus, plusieurs nutritionnistes ont une aversion pour tout ce qui est grande entreprise, commercialisation de l’alimentation, profit… Nous bâtir du matériel pertinent est donc coûteux, parce qu’il faut qu’il soit rédigé par des experts, pour des experts. Le matériel pour le grand public, on n’en a rien à faire. En plus d’être coûteux, c’est délicat. Dès que c’est trop marketing, on décroche. En fait, on prend pour acquis que l’entreprise veut nous bullshitter, jusqu’à preuve du contraire. Il faut donc du contenu de qualité, bien écrit, bien fouillé, appuyé par des références solides pour nous convaincre.
On met les trois points ensemble, et ça donne ce que ça donne. Les entreprises ne savent pas trop comment nous rejoindre, ni comment nous classer. On n’est pas traités comme des consommateurs ni vraiment comme des influenceurs. On parle de bouffe à nos patients, mais on ne prescrit rien comme des médecins le feraient. Alors ça donne des stratégies marketing à demi-ciblées, avec des demi-budgets. Et des demi-résultats.
Ajout : Le jour où j’allais publier cet article, dans le courrier, j’avais reçu un bout de carton blanc et rose plié en 2, venant de chez Danone. Une invitation à un symposium, dans le cadre du lancement de Silhouette Satisfaction. Catherine Bégin, Angelo Tremblay et Myriam Géhami présenteront différents travaux portant sur la faim, la satiété et la gestion du poids.
Presque rien mis dans le contenant, tout dans le contenu. Ce serait donc possible de faire de la bonne pub auprès des nutritionnistes? Je vais assister au symposium, et je vous en donne des nouvelles.
Déclaration des conflits d’intérêts : le symposium est organisé par Enzyme, mon ancien employeur. J’y ai notamment travaillé sur le compte de Danone.
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J’ajouterais un point aussi …
On a seulement besoin d’une nutritionniste pour influencer un grand nombre de personne. Or donc, les compagnies/média sont plus intéressés à utiliser une seule tête d’affiche qui parle très fort et au lieu d’avoir une chorale disparate ( ce qui rejoint ton point de groupe hétéroclite). Je ne nommerai aucun nom, mais on a tous un/des nom(s) en tête qui, lorsque leurs paroles sont diffusées/publiées, c’est l’annonce de la Bonne Nouvelle, peut importe la validité…