Conférence sur les allergies
J’ai assisté vendredi dernier à la très glamour Conférence internationale sur les allergies alimentaires et la protection du consommateur, présentée par Initia.
Parce que vous mourrez de savoir ce qui s’y est dit, voici mon petit résumé des conférences du vendredi (alors Steph, tu vois bien que je peux tweeter ET ne rien manquer des conférences). Je n’ai pas pu assister à celles du jeudi, qui étaient axées sur le diagnostic et les traitements cliniques, parce qu’il faut bien travailler des fois.
Mise à jour sur la réglementation d’étiquetage des allergènes alimentaires et sur l’étiquetage préventif au Canada par Samuel Godefroy
À la lecture du programme, c’était cette conférence qui m’a poussé à m’inscrire à l’événement. Samuel Godefroy est le DG de la Direct des aliments et de la Direction générale des produits de santé et des aliments de Santé Canada. Un brillant présentateur. Malheureusement, comme chaque fois que j’ai vu une présentation donnée par quelqu’un de Santé Canada, le support visuel était une horreur. 30 lignes de texte, des cliparts (!) qui n’ont aucun lien avec le sujet de la diapo (!!).
La réglementation sur la déclaration des allergènes est en train de changer. On s’enligne vers une déclaration obligatoire des allergènes prioritaires dans la liste d’ingrédient ou dans une liste qui suit la liste d’ingrédients.
Aussi, un ménage est en train de se faire dans les mentions préventives d’allergènes. Ce qu’on appelle plus communément le « peut contenir ». En ce moment, c’est le fouillis. « Peut contenir », « peut contenir des traces de », « peut avoir été en contact avec », « fabriqué dans une usine qui traite aussi » sont toutes des mentions qui sont utilisées. Pour le consommateur allergique, c’est la confusion totale et des résultats de sondages montrent que certains en viennent à perdre confiance envers toutes ces mentions.
On s’enligne vers une seule mention : « Peut contenir [nom de l’allergène] ». Simple, efficace, on aime.
Autres points à retenir :
- La moutarde devient un allergène prioritaire
- L’avoine continue à être considérée une source de gluten
L’évaluation par Todd Harper
La présentation infopub du jour. Il en faut toujours une. Cette fois-ci, c’est monsieur Harper, de General Mills, qui a décidé que c’était correct de donner deux-trois informations que tout le monde connaît à travers un flot de bons sentiments et de logos des marques de l’entreprise. Merci General Mills.
Progrès et défis dans l’analyse des allergènes et du gluten dans les aliments par Terry Koerner
La conférence technique du jour. Il y a visiblement des débats sur quelles méthodes devraient être utilisées pour détecter les allergènes. Cependant, monsieur Koerner a mentionné presque en passant qu’il existe un produit qu’on pourrait considérer comme un tueur de gluten. Il est utilisé dans l’industrie brassicole pour clarifier certaines bières. Des chercheurs étudient l’efficacité de ce produit dans la destruction du gluten dans un modèle intestinal. On aurait donc un « lactaid » pour le gluten. Piste intéressante, même si ce n’était pas du tout le cœur de la présentation.
Un régime alimentaire sans gluten : comprendre et commercialiser un créneau en pleine croissance par Shelley Case
Madame Case est une nutritionniste qui a écrit plusieurs livres pour le grand public sur la diète sans gluten. Une boule d’énergie qui partage généreusement son expertise en consultation après de patients cœliaques.
Le sujet de l’avoine est revenu. Malgré que la littérature montre que les patients cœliaques peuvent consommer jusqu’à une demi-tasse d’avoine pure ou presque pure sans manifester de réaction, dans la vraie vie, l’avoine vendu est souvent contaminé par des quantités impressionnantes de gluten. (l’avoine en tant que telle n’en contient pas, mais les équipements qui sont utilisés pour la traiter la contaminent souvent). Il existe toutefois quelques marques fiables.
La diète sans gluten est en train de devenir une diète à la mode. Parait qu’une des animatrices de The View en a fait sa nouvelle bataille. Madame Case ne s’offusque pas de cette popularité de cette diète chez les non-cœliaques, de nouveaux produits pourraient être mis en marché pour profiter de ce créneau. Mais elle ne croit pas que ce sera une tendance lourde, la diète est difficile à suivre, les produits sans gluten actuels ne sont pas tous des délices et les non-cœliaques n’en sentiront aucun bénéfice.
Nouvelles opportunités dans le développement de produits sans allergènes, une aventure de trois années sans arachides par Josephine S. Tan
Une conférence donnée par la Directrice Qualité de Pepsico; je m’attendais au pire, après l’infopub de l’avant-midi. J’ai été agréablement surpris par madame Tan. Même si chaque diapo portait le logo Pepsico, le ton n’était pas « voyez comment Pepsico sauve les vies des allergiques en offrant des collations bla bla bla ». Au contraire, le thème était plutôt : voici comment un produit sans arachide peut arriver sur les tablettes. En gros, il faut pour l’entreprise développer un trouble obsessif-compulsif autour des arachides.
Industrie des services alimentaires : rôle et opportunités dans la gestion des allergies et de l’intolérance au gluten par Marilyn Allen
Madame Allen donne de la formation aux gestionnaires de services alimentaires et à leur personnel. Pour les personnes allergiques, manger au restaurant c’est mettre sa vie entre les mains du personnel. La personne a beau poser toutes les questions possibles, bien expliquer la situation, il reste qu’à la fin, sa sécurité dépend des réponses données par la personne faisant le service et des manipulations sécuritaires en cuisine.
Le haut taux de roulement du personnel dans les services alimentaires demeure une problématique importante dans la gestion des allergènes. Tout est parfait le lendemain d’une formation auprès du personnel en place, mais si 3 mois plus tard la moitié du personnel a changé, tout est à recommencer. C’est pourquoi l’approche privilégiée est de revoir les processus en entier afin de les rendre applicables même par le plus nouveau des employés.
La journée s’est terminée par un panel de discussion. Le panel était composé de 4 anglophones et de 2 francophones. Au pif, la salle était remplie à 75% de francophones. Malgré la traduction instantanée, la discussion est demeurée des plus chaotiques.
Au total, une conférence qui n’a pas de thème, ça donne une journée un peu décousue, à part pour «L’avoine, cette incomprise ». Des présentations de bon calibre (à part l’infopub) dont certaines me pousseront à lire un peu plus sur l’intolérance au gluten. Pour mon quotidien, j’attendrai de voir le texte final des réglementations sur la déclaration des allergènes et sur les mentions préventives des allergènes.
Classé dans:J'ai une vie excitante, Santé publique | 3 Commentaires
Grand merci pour vos textes toujours tellement pertinents!
Au sujet des allergènes (ici je crois avoir compris qu’on s’interesse seulement aux aliments), je me pose plusieurs questions.
N’avez vous pas remarqué des différences de réactivité des personnes en fonction de leur lieux géographiques ou de leur environnement? En clair, les allergènes sont-ils les mêmes d’un pays à l’autre et touchent-ils de la même façon la population?
Y at-t-il des facteurs “synergiques” d’allergies combinant peut-être des aliments avec d’autres facteurs (molécules volatiles dans l’air pour ne dire pollution, ou “manque de certaines molécules protectrices…etc) Avez vous eu l’occasion d’étudier ces interactions aliments + “autre chose” ou de lire quelques chose à ce sujet?
en tout cas , encore merci pour votre authenticité et votre esprit ouvert!
En effet, il s’agissait d’une conférence sur les allergènes alimentaire. La journée où j’y étais présent, le thème global était la gestion des allergènes alimentaires. Bien honnêtement, vos questions dépassent largement mes connaissances sur le sujet.
Les généralités que je connais:
les maladies auto-immunes (dont font partie les allergies alimentaires) sont toutes en augmentation
l’accès à des technique de dépistage s’est amélioré
mes consoeurs qui ont oeuvré en Asie et en Afrique me disent que le concept d’allergie aux aliments y est à peu près inexistant
Pour le reste, je pense qu’on commence à accepter qu’on ne comprendra jamais très bien l’origine de ces maladies. Dans le cas des aliments, il importe de bien gérer les ingrédients potentiellement allèrgènes afin que les personnes allergiques ne soient pas mises en danger, sans pour autant faire suer le reste de la population.
Merci pour l’article, je suis bien contente de savoir cela sur l’avoine, je me demandais tout le temps à quel point ça pouvait être contaminé et causer problème..
Et puis… que dire du “lactaid” pour le gluten? Ça serait une super nouvelle cela! Si t’as d’autres choses sur cela, je serais bien heureuse de les lire!