1:59:37

14sept09

Hier, c’était la course. Cadran réglé pour 5 heures, j’avais les yeux ouverts à  4 heures 55. Objectif : ne rien oublier. Antihistaminiques, douche, café, déjeuner, Gatorade. J’enfile mes leggings, mes bas préférés.  Vérifie que ma puce est bien installée à mes lacets. Enfile mon t-shirt auquel est fixé mon dossard. Prêt à partir.

Dans le métro, même si je suis très loin de Jean-Drapeau, déjà quelques coureurs sont à bord. Et à chaque station le nombre augmente. À Berri, sur la ligne jaune, il ne semble n’y avoir que ça des coureurs.

Pendant la petite marche qui mène au pont, c’est là que le stress embarque. Rendu sur le pont, j’en tremble presque. Heureusement, je croise une amie, qui n’en est pas à sa première course, qui m’avoue d’emblée être stressée. Ça doit être normal.

Je m’installe dans ma section, prévoyant un temps de 2 heures 15 à 2 heures 30. Il reste 30 minutes avant le départ. C’est interminable. Le iPod dans les oreilles, j’essaie de rester concentré. Impossible d’entendre la musique. Des haut-parleurs nous crachent des entrevues avec le maire de Montréal et le ministre de la santé. M’en fout de vos encouragements. Puis des cheerleaders Lululemon nous encouragent à nous échauffer dans leur français laborieux et nasillard.

Il reste dix minutes avant la course. Je réussis à entendre un peu le son de mes écouteurs, ce qui ne m’aide aucunement à relaxer. Un peu de Black Eyed Peas pour me faire sautiller à gauche, à droite, demi-tour, craque le dos, craque le cou. J’ôte mes Oakley. Je remets mes Oakley. Je replace mon bandeau, mon « wristband ». Sautille à gauche, sautille à droite.

Enfin, le maire Tremblay et le ministre Bolduc commencent le compte à rebours. « 5…4…3…2…1…» et… rien ne bouge. Comme je suis plutôt loin à l’arrière, il faudra un bon 5 minutes avant qu’on puisse avancer. Et quand ça se mets à bouger, c’est en marchant, puis en trotinnant qu’on approche de la ligne de départ. Et là on part pour vrai.

Comme je suis trop nerveux, j’arrive pas du tout à trouver mon rythme. Je me laisse dépasser par à peu près tous les coureurs visant le 2h30. Je cours le pont en vrai touriste. Arrivé sur le boulevard Maisonneuve, une affiche montre que 4 km ont été franchis, et je ne suis pas encore réchauffé. Il est temps de partir la machine. Le rythme accélère, mais pas trop.

Le parcours n’est pas spécialement excitant.  On passe à travers des coins franchement moches de la ville. On passe aussi par des rues super. La descente de Papineau, avec le soleil qui était sorti et les gens sur les trottoirs pour nous encourager est difficile à battre. Vient ensuite Rachel, qu’on court sans l’apprécier parce qu’on sait tous ce qui suit : la montée de Pie-IX. Celle qui sépare les hommes des enfants. Celle qui fait casser les fin-finauds qui essaient de trop pousser.  De fait, j’ai remarqué trois gars étendus dans le gazon, entourés des ambulanciers et des services de sécurité.

Après la monté, un virage à droite, et je me dis que le pire est passé, que je peux pousser encore plus. Je dépasse plusieurs coureurs. Mais je sens que j’ai peut-être trop poussé. En gardant le rythme, je me concentre sur ma respiration. L’affiche indique qu’il reste 2 km. À peu près tous les coureurs ont un 2e souffle. La cadence devient ridicule. On prend le dernier virage pour entrer dans le parc Maisonneuve puis vers la porte marathon. Le stade est immense, la foule aussi, c’est impossible de ne pas vouloir sprinter. Je pousse jusqu’au tapis d’arrivée. 2h11 minutes sur le tableau géant.

Il y a tellement de monde que je me retrouve vite coincé dans un tas. La vision s’embrouille un peu, les jambes deviennent molles, les oreilles bouchent à moitié. J’aurais aimé pouvoir marcher mais c’est juste impossible. Ramasse une bouteille d’eau, les choses reviennent un peu lorsque je réussi à me sortir du gros de la foule. Je marche un peu et j’arrive juste devant ma sœur et ma mère qui étaient venues me chercher.

C’est là que je réalise que j’ai mal. Les genoux, les cuisses, les chevilles, une ampoule, tout fait mal. Je bois un Gatorade, puis un autre. J’essaie d’aller voir mon temps, impossible, trop de monde, la fiche est écrite en caractères 6. On part prendre le métro, pour rejoindre l’auto de ma sœur, stationnée à Rosemont. En m’écrasant dans l’auto, je me sens vraiment comme un lendemain de veille. Le corps semble pas fier de l’exploit. Après encore un peu de Gatorade, je vais me coucher pour une sieste qui dure plus de trois heures. Au réveil, le mal de tête est passé, la brûlure dans les cuisses aussi. Reste que les genoux qui sont en compote. Les résultats ne sont toujours pas affichés en ligne.

Ce matin, ma sœur m’envoie un texto : « 1 :59 bravo! ». Elle a vu mon temps. J’ai fait franchement mieux que ce que je visais. En fait, c’est mieux que toutes mes courses d’entraînement. Seule déception, ma « vieille » cousine, fin trentaine, a couru la même distance en exactement une minute de moins.

Maintenant, on fait quoi? Je veux faire d’autres courses du genre. La distance de 21,1 est très réaliste pour quelqu’un de modérément en forme. L’an prochain, ce serait dur de passer à côté de la course de Montréal, pour le départ sur le pont, l’arrivée au Stade, et pour le fait que c’est chez nous. Parait que Saint-Bruno est intéressant en début de saison, j’y ai déjà travaillé comme animateur-nutritionniste. Ottawa et Québec ont des parcours qui ont l’air beaux. On verra.

Pour tout de suite, aucune motivation à aller courir. Les jambes sont encore trop sensibles.



5 réponses à “1:59:37”

  1. 1 angeliquev

    Bravo!!!!! 1:59 c’est très bien :)

  2. BRAVO! Quel exploit! C’est vraiment intéressant de te lire!

  3. L’an prochain, le marathon ! C’est vrai que c’est intéressant de lire comme texte.

  4. 4 andre

    Super bonnne description. C’est à peu près comment je l’ai vécu moi-même, la nervosité en moins (c’était le sentiment dominant de mon premier demi !). Et c’est vrai que pour la plupart, après le premier, on veut tous en faire une habitude… (sauf pour les 2-3 prochains jours!). Bravo. Très bon chrono en plus!

  5. Très bon chrono pour un premier demi. Bravo!


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